Archéologie, bouillasse et courbatures

Comme vous l’avez sans doute remarqué si vous me suivez habituellement, je ne suis pas très active ni sur les réseaux sociaux ni sur mon blog ces derniers mois. C’est parce que je suis en déplacement professionnel. Je suis en chantier d’archéologie préventive. C’est Nikelina, ma copine créatrice de bijoux (vous avez déjà vu ses créations dans un de mes derniers looks et sur mon compte Instagram) et que j’ai rencontré en chantier-stage d’archéologie programmée il y a déjà 6 ans je crois, qui m’a suggéré de vous raconter un peu mon métier, et tous ses aspects : fantasmes, imaginaire collectif et images d’Epinal VS la réalité… Et au vu de la tournure que les choses sont en train de prendre, je me dis qu’il serait peut-être instructif d’en écrire un bout à ce sujet.

http://jesuisarcheologue.tumblr.com/post/76855492829/quand-un-historien-vient-te-parler-des-figures

L’archéologie est un métier passion. Je veux devenir archéologue depuis que je suis toute gamine, je ne me souviens même pas à quel âge ni pourquoi d’ailleurs. Malgré une promesse d’avenir professionnel instable et insécure, mes parents m’ont laissé faire ce que je voulais, j’ai eu de la chance. J’ai donc passé un Bac L options Anglais et Latin dans mon petit lycée de campagne tourangelle, pour enchaîner avec une Licence d’archéologie et d’histoire de l’art, puis un Master Recherche archéologie des périodes historiques spécialité archéologie médiévale, le tout à l’université de Paris I Panthéon-Sorbonne.

http://jesuisarcheologue.tumblr.com/post/85644838194/quand-mon-entourage-me-demande-ce-que-je-peux

Au cours de mes études, j’ai participé chaque été à 1 ou 2 mois de chantier-stage d’archéologie programmée, pour compléter ma formation théorique universitaire par une formation de pratique de terrain (obligatoire). Pour faire simple, l’archéologie programmée c’est l’archéologie à la cool, où les fouilles sont financées par les universités ou par le service public ou encore par le CNRS. Des archéologues professionnels dirigent ces chantiers dans le cadre de leurs recherches scientifiques. Des étudiants bénévoles viennent travailler pour eux dans le but de se former sur le terrain et aussi de se faire des contacts pour leur future carrière (on ne le dit pas toujours, mais c’est très important, sans, bien entendu, se la jouer lèche-bottes-gros-relou-intéressé).

  • Pour casser la première idée reçue : non, je ne vais pas fouiller en Egypte.
  • Deuxième idée reçue : non, je ne fouille pas des dinosaures, car je ne suis pas paléontologue (contrairement à Ross Geller).
  • Troisième idée reçue : je n’utilise pas de fouet, mais j’ai bien un couvre-chef (en été : un chèche, en hiver : un bonnet polaire, glamour, je sais).
  • Quatrième idée reçue : j’utilise mille fois plus souvent ma pioche et ma pelle que mon pinceau et ma balayette (déjà, d’une, on ne balaye QUE sur sol sec, ce qui en France, n’arrive pas souvent, surtout dans les trois-quart Nord).

J’étais donc à la fac à Paris. L’été, j’allais fouiller en Normandie (c’est moi qui ai choisi), il y a eu deux châteaux médiévaux, plusieurs agglomérations gallo-romaines et une ferme gallo-romaine. Sur le terrain, c’était plutôt tranquille, il y avait les copains, c’est là que j’ai rencontré mon Homme, l’ambiance était très détendue. Les journées étaient rythmées par les coups de pioche et de truelle, les soirées étaient plutôt symbolisées par les bières qui s’entrechoquent et les baffles qui résonnent. Et chaque jour la même chose avec une belle gueule de bois le matin presque tous les jours. Dehors, quoi qu’il arrive. Nous étions tous logés au même endroit, en gîte, en communauté. Pendant un mois.

http://jesuisarcheologue.tumblr.com/post/127493887089/quand-ton-chef-te-dit-daller-ecoper-ton-secteur

Quand on est jeune, on apprécie souvent beaucoup cette situation. Cela crée des souvenirs et des liens forts, éternels, entre les gens.

Bon passons aux choses sérieuses.

Juin 2012, au sortir de mon M2, je suis embauchée direct (la chance, vive le piston mon chéri hein) pour un CDD de 2 mois et demi. Voilà, vous l’avez vu l’acronyme fatidique : CDD. Etre archéologue c’est comme (ou presque) être intérimaire. On nous appelle (enfin, on postule et on harcèle – gentiment et poliment hein – les employeurs pour trouver du boulot), et on part en mission. Ca peut être dans notre département, comme à l’autre bout de la France. C’est le cas en ce moment pour moi. Je bosse vers Orléans, à 4h de route de chez moi. Je suis logée en gîte, chambre commune avec une collègue. Nous sommes 8 dans un château. Dit comme ça c’est classe, mais bon, parfois j’ai besoin d’être seule et au calme (par exemple, euh… pour écrire des articles !) mais je ne peux pas, il y a toujours du monde. Je ne me plains pas (même si ça sonne comme ça je le reconnais), je cherche juste à expliquer la situation dans laquelle je me trouve actuellement.

Alors voilà, ne m’en voulez pas (trop) si je n’ai plus le temps de répondre à vos commentaires, si je n’écris plus très souvent. Ce ne sont pas les idées ni l’envie qui me manquent, juste le temps. Je passe mes journées dans la bouillasse, mes soirées à me plaindre de mes courbatures (pas toutes hein !) et à regarder des vidéos sur You Tube ou des épisodes d’Outlander (mode fangirl activé) (je suis tellement impatiente que la saison 2 commence !! pas vous ??).


Sur ce, je vous souhaite de très belles fêtes de fin d’année, en espérant pouvoir publier un peu plus souvent !

10 Comments Write a comment

  1. La vie d’archéologue… J’ai fait plusieurs fouilles au cours de mes études, j’ai passé 6 ans dans les bibliothéques d’Athènes, finalement, l’archéologie et l’histoire m’ont appris à penser, raisonner, écrire et analyser. Aujourd’hui, de ces10 années merveilleuses de passion, il me reste, un chum rencontré au département d’informatique de l’EfA, une magnifique petite fille, des amis tissés-serrés et la chouette d’Athéna d’un arybale corynthien du 5e tatouée sur le bras. Aucun regret sur les choix faits à l’époque, je n’ai pas transformé l’essai dans le monde profressionnel, mais j’en garde beaucoup de ce que j’ai appris sur moi-même.

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    • ça me fais tout drôle de lire ton témoignage, même si je connaissais déjà un peu ton histoire suite à nos échanges sur Instagram… C’est toujours agréable de rencontrer ses paires, et de savoir qu’on est pas les seuls à galérer pour trouver du travail… :)

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  2. Je ne peux que saluer ce post dans lequel je me retrouve tout à fait : les études que j’ai pu suivre , les étés dans les chantiers programmés, la vie en communauté qui te fait tant grandir et l’entrée dans la vie active cahin-caha. Lors de mon premier contrat, pendant ma période d’essai j’étais quasiment persuadée qu’on viendrait me taper sur l’épaule en me disant « mais non, tu peux pas gagner ta vie comme ça, c’est un truc d’été et de bénévole ! » . Comme tout les métiers il y a des jours avec et sans mais je regrette pas, chaque jour est une aventure: il faut se montrer curieux, inventif, généreux, parfois les passages sont tellement périlleux qu’on dirait Fort Boyard.
    Bon courage et merci de nous inspirer !

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    • Je suis contente d’avoir pu te faire profiter d’un petit bout de mon métier Allegra :) Les archives, ce n’est pas si éloigné de l’archeo en fin de compte, et je trouve ça amusant que toi aussi tu aies voulu faire ce métier :)
      merci pour le lien, je ne connaissais pas ! :) il est amusant et est la parfaite image d’Epinal de l’archéologie :)

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  3. Bonjour Eva
    belle année à toi aussi, je connais un peu ton métier puisque moi je suis « lotisseur »
    je découvre ton blog, qui est devenu ma lecture du soir le temps d’explorer les anciens articles (page ouverte sur ipad) – merci pour ses partages inspirants en espérant te lire bientôt à ton retour de chantier :)

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    • Bonjour Isabelle ! Wouah ! c’est super drôle ça que tu sois « lotisseur » comme tu dis ! j’adore ce clin d’oeil ! merci de t’être manifestée ici ! ;)
      et merci beaucoup de faire de mon blog ta lecture d’iPad, ça me touche beaucoup que tu aies tout lu ! :)
      à très vite j’espère !

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  4. coucou Eva, merci pour cet article super drôle et chouette à lire (quelle plume !!). Moi aussi, j’ai rêvé d’être archéologue (ma passion pour Indiana Jones ahhhh ;-)) Mais mon père n’a jamais voulu en entendre parler lors de l’orientation de fin de lycée… Mon grand regret… Il ne me reste que des souvenirs de chantiers d’été que je chéris… bon, ben maintenant, je bosse dans la fringue, beaucoup moins glamour mais aussi galère niveau recherche de jobs et léchage-de-bottes !

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    • Hihi merci Myriam ! :) je ne savais pas que tu voulais être archéologue tu ne me l’avais pas dit ^^
      Et tu as fait des chantiers ? Où ça ?
      Je crois que le léchage de bottes c’est un peu partout hélas

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